Patrimoine

Le manoir de Marie Dupin

En avril 1554, Ronsard avait 30 ans. En ce jour de printemps, déçu par Cassandre (Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien), il était triste. Son ami Belleau, pour lui changer les idées, l’avait amené à Bourgueil, et savait bien comment faire pour le distraire.
Ce soir-là, avec ses deux soeurs Jeanne et Thoinon, Marie DUPIN filait et gardait ses moutons…

« Amour me fit voir, pour trois grandes merveilles,
trois sœurs, allant au soir, se promener sur l’eau.
Toutes les trois étaient en beauté non pareilles
Mais la plus jeune avait le visage le plus beau
Et semblait une fleur voisine d’un ruisseau … »

En 1555, Ronsard s'éprit alors de Marie Dupin, cette « fleur angevine de quinze ans » qui habitait au hameau du Port-Guyet où son père tenait l'Auberge du Pin, fréquentée à l'époque par les mariniers de Loire.
Pour elle, il composera des « poèmes simples et clairs » et publiera l'année suivante « La nouvelle continuation des amours ».

« Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies ;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,
Chutes à terre elles fussent demain
Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps cherront toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.
Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame ;
Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame;
Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle.
Pour c'aimez-moi cependant qu'êtes belle. »

Six années plus tard, en 1560, elle ne l’aime plus, mais il la rencontre au mariage de Tours et, alors que tous sont en place pour la danse,

« Quand j’avise sa mère en hâte gagner l’eau
et sa fille emmener avec elle au bateau,
les rames tiraient le bateau bien pansu
et la voile en enflant son grand repli bossu
emportait le plaisir que mon cœur tint en peine »

Il en rêve encore et souhaite revenir près d’elle.

« Là, parmi tes sablons, Angevin devenu
je veux vivre sans nom comme un pauvre inconnu
et, dès l’aube du jour, avec toi, mener paître
auprès du Port-Guyet notre troupeau champêtre »…

Il l'aima sans espoir pendant trois années, … jusqu'à apprendre sa mort précoce en 1573.
Le Manoir de Port-Guyet, propriété privée, est classé Monument Historique depuis 1992.